Deux regards sur le grand oral du baccalauréat

La reprise
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Lauren Lolo, conseillère municipale à Fosses, déléguée à l’environnement et à la citoyenneté, est co-fondatrice et directrice générale de l’association Cité des chances. L’association met en place des ateliers d’éloquence dans des lycées de Clichy-sous-Bois, où les élèves apprennent à prendre la parole et à défendre une idée. Pour ce faire, les lycéens participent à des simulations parlementaires sur des sujets en rapport avec leur filière.

Historiquement, la parole, la voix ont été liées à la vie sociale, politique et électorale des individus et sont toujours extrêmement liées à l’activité politique. Les citoyens étaient amenés à « donner leur voix » à quelqu’un, littéralement. Le vote secret est finalement assez récent et avec l’apparition de ce vote secret a disparu l’enseignement de la rhétorique dans les programmes scolaires. On observe un retour de l’art oratoire et de la parole persuasive dans les milieux scolaires et universitaires dans la multiplication des concours d’éloquence, dans l’arrivée du Grand Oral au lycée…

C’est une bonne chose de former les élèves à la prise de parole, mais cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille les évaluer. Quand bien même ils auraient des entrainements tout au long de l’année, cela reste un facteur discriminant : ce n’est pas en quelques cours qu’un écart aussi important entre, schématiquement, les élèves des quartiers populaires et ceux de quartiers riches, peut se résorber.

Les élèves que nous suivons ont beaucoup de mal à prendre la parole en public. Il y a tout d’abord une difficulté pour eux à trouver un intérêt à cet exercice, qui s’accompagne d’un malaise vis-à-vis du fait de donner son avis sur un sujet. Il y a un écart dans l’aisance, les codes utilisés et la confiance en soi quand ils prennent la parole, un écart selon le milieu social mais aussi selon le genre. Pourtant, ce qui est remarquable, c’est qu’ils sont très sensibles à l’éloquence : quand un élève s’exprimant bien prend la parole, généralement un garçon, les autres se rallieront à sa cause, même si ses arguments ne sont pas les bons. J’ai souvent remarqué que des bons arguments, fondés sur des faits, mais mal défendus ne trouvaient que peu de résonnance.

Cela montre que l’apprentissage de l’éloquence est un enjeu central, et il devrait sans doute être enseigné dès le collège ; mais cela ne veut pas dire qu’il doit être évalué. Ce qui justifie cette opposition à l’évaluation, c’est que les critères pris en compte pour celle-ci comprennent la prestance, le vocabulaire, la façon de s’exprimer… Les élèves ne seront donc pas évalués que sur le fond, comme c’était le cas pour l’épreuve de Travaux personnels encadrés, mais également sur la forme ; ce sur quoi ils ont le plus de mal et ce qui se prépare le moins facilement. Je crois que la preuve de ce fait est qu’il est nécessaire que des associations s’emparent de cette problématique et forment les élèves à la prise de parole pour qu’ils en soient capables : sans ces interventions, ils ne seraient pas assez préparés.

*Soraya a notamment été professeur de Lettres modernes en REP+ à Argenteuil.*

Comme professeur, chacun fait du mieux qu’il peut pour faire pratiquer l’exercice oral à ses élèves. Mais il n’y a pas de réelle égalité entre eux, pour des raisons sociales mais pas uniquement : j’ai aussi croisé beaucoup d’élèves, par exemple, dyslexiques. La différence ne signifie pas toujours négativité. Un élève ayant une vie difficile pourra voir dans un texte qui demande une certaine sensibilité des choses qui échappent complètement aux autres. Le vécu de chacun, et en particulier le vécu difficile, ne se traduit pas que par du « moins ». Même en REP+ il y a d’excellents élèves. A Argenteuil des professeurs avait mis en place un dispositif proche de celui des « Cordées de la réussite » : des élèves volontaires faisaient des sorties, des stages en entreprises, allaient à la Comédie Française. Le chef de l’établissement y a mis fin : il a considéré que c’était trop « élitiste ». Pour lui, permettre à d’excellents élèves d’accéder à des lieux inaccessibles sans le concours de l’école était un projet élitiste. Le résultat c’est un nivellement par le bas et un couvercle posé sur la tête d’élèves au prétexte que derrière eux il y en a qui sont en difficulté.

Le mot préféré de l’éducation nationale est « bienveillance ». Cette bienveillance me semble plutôt être synonyme de condescendance. La bienveillance, c’est l’accompagnement et l’aide, pas une philosophie selon laquelle il faut que les exigences et les ambitions soient revues à la baisse. Il y a un discours, qu’il soit de gauche ou de droite, assez paternaliste, qui conduit à en attendre moins et à en demander moins : c’est ce qui a lieu dans les demandes de suppression du grand oral. Parce que certains élèves sont issus d’un certain milieu social il faudrait se défaire de toute exigence et laisser ces élèves dans cette position.

Outre ces considérations théoriques, en pratique, le Grand Oral me semble être une bonne représentation du fonctionnement de l’Education Nationale : de bonnes idées mais une mauvaise application, qui s’accompagne d’une méconnaissance, voire d’un mépris, des personnes sur le terrain. Pour une épreuve qui aura lieu pour la première fois en juin, dans certains établissements les premières réunions à destination des enseignants pour présenter les attendus sont prévues courant mars.


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