La distribution des enseignements de spécialités

Joris Rastel
Joris Rastel

Avec les réformes du lycée récemment entérinées, le ministère de Jean Michel Blanquer a joué la carte de la séduction auprès de la population lycéenne. Cette réforme du bac, c’est avant tout la promesse pour chaque lycéen de pouvoir dessiner les contours d’une scolarité à la carte, où seules les matières favorites de chaque élève seraient amenées à figurer sur leurs emplois du temps. Au lieu de confronter les lycéens à un choix ternaire entre trois séries (L, ES et S), le nouveau bac présentera aux lycéens un panel d’enseignements de spécialités (EDS) pour que trois d’entre eux soit sélectionnés en première et qu’un soit enfin exclu lors du passage en terminale.

Cette promesse d’absolue liberté pourra-t-elle toutefois être tenue par notre ministère de l’éducation nationale ? Dans de nombreux cas le constat est amer. Pour beaucoup de lycéens français, les faiblesses du maillage territorial et les disparités en termes de dotation en EDS auront fait du prétendu « choix » un exercice de composition difficile visant à faire concorder leurs attentes et une réalité territoriale nécessairement décevante.

Disparités entre les établissements publics

Alors que, précédemment, tous les établissements généraux et technologiques se devaient de fournir un enseignement pour les trois séries, aujourd’hui, mêmes les EDS appartenant au tronc commun, au « socle » (Histoire-Géographie, Sciences économiques et sociales, Humanités, Anglais, Mathématiques, Physique-Chimie, Sciences de la vie et de la terre), ne peuvent être toutes enseignées dans chaque établissement.

A Nancy, les disparités en termes de dotation des établissements publics sont évidentes :

Tableau 1

Pour les lycéens qui dépendraient des Lycées George de la Tour ou Henri Loritz et qui souhaiteraient suivre des enseignements qui n’y sont pas proposés, la seule solution possible est celle de la mobilité. Au sein d’une même ville, ce problème semble facilement surmontable. Pour les zones périurbaines, la situation est bien plus préoccupante.

Les lycées des zones périurbaines se présentent comme les grands perdants de cette réforme. Pour les « enseignements rares » (certaines langues, Art plastiques, science de l’ingénieur, théâtre…) les dotations y sont sensiblement plus faibles que dans la métropole la plus proche.

Tableau 2

Ce tableau ne concerne que les établissements publics

Pour les élèves dépendants de ces lycées, qui voudraient bénéficier « d’enseignements rares », cet enrichissement de la scolarité a un prix : celui de voir ses journées de cours être entrecoupées par des trajets, si toutefois des bus passent aux heures correspondantes.

Une aubaine pour les établissements privés

Au-delà de ces inégalités criantes dans le secteur public, la réforme introduit une nouvelle forme de disparité entre établissements publics et les établissements privés. Les établissements privés, plus libres et souvent mieux financés que les établissements publics, peuvent maintenant mettre en place une réelle stratégie de marché dans leur concurrence avec l’enseignent public et les autres établissements privés. Selon le principe de concurrence monopolistique, les établissements privés français cherchent à obtenir le monopole local sur un enseignement en particulier. Cette stratégie est facilement observable à l’échelle des EDS « rares ».

Tableau 3

Ce phénomène n’est que peu préoccupant lorsqu’il s’agit uniquement d’enseignements spécifiques. Lorsqu’il s’agit d’enseignements du « socle », le rapport déjà inégalitaire entre établissements privés et publics devient une réelle dépendance. C’est par exemple le cas en Lozère où les Lycéens de Saint Chely d’Apcher voulant suivre le parcours Humanités Littérature et Philosophie ou des cours de Sciences économiques et sociales sont forcés de se tourner vers le lycée catholique Sacré Cœur. Dans certains territoires, l’éducation nationale est incapable de proposer à chaque lycéen l’intégralité des enseignements de base alors que c’était jusque-là le cas avec les trois séries. Dans cette situation, les établissements privés, déjà très attractifs, s’avèrent tout à fait indispensables au maillage territorial.

La prétendue liberté introduite par la réforme du bac demeurera pour beaucoup de lycéens français une liberté conditionnée par des inégalités profondes en matière de dotations en EDS. Encore une fois, les territoires périurbains et ruraux sont les plus désavantagés et la mobilité s’impose comme l’unique solution pour ses habitants qui voudraient jouir pleinement de la scolarité à la carte promise par Jean Michel Blanquer.

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