Génome humain : un moratoire international est urgent !

Les nouveaux vaccins contre la COVID19 à base d’ARN messager font l’objet de nombreuses craintes ; à commencer par celle de voir notre ADN modifié par l’introduction de fragments de code génétique étranger dans notre corps. [Cette peur est irrationnelle](https://presse.inserm.fr/les-vaccins-a-arnm-susceptibles-de-modifier-notre-genome-vraiment/41781/) car à aucun moment l’information génétique injectée par le vaccin ne pénètre dans le noyau de nos cellules, encore moins dans celles des organes reproducteurs.  
Mais si vous avez peur – à tort – des nouveaux vaccins Pfizer/BioNTech et Moderna, CRISPR/Cas9 vous donnera de vraies sueurs froides. CRISPR/Cas9, ce nouveau système de « ciseaux moléculaires », permet d’inactiver, de supprimer ou de remplacer n’importe quel gène avec une facilité déconcertante. La technique, plus précise, plus rapide et bien moins chère que tout ce qu’on utilisait jusque-là, est donc devenue l’outil de choix pour étudier le rôle de nos gènes ou modéliser des maladies génétiques. Une petite révolution dans le domaine de l’édition génétique, de sorte que les Sages du royaume de Suède n’ont pas attendu dix ans avant d’attribuer à ses découvreuses, la française Emmanuelle Charpentier et l’américaine Jennifer A. Doudna, le prix Nobel de Chimie le 7 octobre 2020.

Théoriquement, les applications de CRISPR sont illimitées : guérir les maladies génétiques, traiter des cancers, modifier l’ADN de certaines espèces végétales et animales pour les rendre plus résistants aux parasites, éradiquer des espèces entières de moustiques, etc… CRISPR nourrit les espoirs, les fantasmes et les peurs.

Qu’adviendrait-il si CRISPR tombait entre des mains mal intentionnées, capables de transformer le moindre aliment en poison mortel ? A-t-on le droit de modifier le génome d’embryons humains, lequel se transmettra irrémédiablement aux générations suivantes ? Faut-il, comme le rappelle Charpentier, « une régulation stricte des recherches dans un but d’amélioration de l’espèce humaine » ?  Une chose est certaine : sa facilité d’utilisation et son faible coût ont démocratisé l’édition génétique alors même que l’outil est encore loin d’être parfaitement maîtrisé. Cela soulève d’importantes questions éthiques et requiert l’intervention législative, comme souvent à la traine face à la grande marche du progrès et des pressions économiques et industrielles.

Les évolutions des techniques de manipulation génétique sont l’affaire de tous, et leur encadrement, un enjeu collectif de démocratie. Avec ce dossier de La Reprise, nous voulons que chacun puisse comprendre les conséquences de cette révolution scientifique. Nous voulons sortir CRISPR/Cas9 de l’expertise confinée des laboratoires et en appelons à une réflexion approfondie mais urgente à l’échelle internationale.

la reprise

- Paul Christophle
- Robin Elbe
- Lucas Geitner
- Théo Lamballe
- Patrick Weil
- Raphaël Chevrier
- Eliott Teston

Nous remercions pour leur participation à la rédaction de ce numéro

Jacques Testart